RETOUR SUR LE CARTOON MOVIE 2026
Organisée par Cartoon, la dernière édition du Cartoon Movie s’est déroulée du 3 au 5 mars à Bordeaux. L’occasion comme chaque année d’observer les tendances du long métrage d’animation européen dans les années à venir. Ces sessions de pitching sont des moments clés pour ces projets en devenir, permettant de les faire découvrir au public des professionnel·les présent·es et de poser les premiers jalons de ces œuvres en devenir.
Toutes les brèves : Le monde de l'animation
Pour sa 28ᵉ édition et sa 10e à Bordeaux, le Cartoon Movie a réuni plus de 800 participants venus de 43 pays. Forum de coproduction européen initié par l’association belge Cartoon et Creative Europe Media, il sert de tremplin aux longs métrages animés européens en proposant sur deux jours une cinquantaine de pitchs afin de trouver des opportunités de financement au sein de l’UE. Cependant, les frontières tendent à être dépassées.
Cette année, un focus canadien fut mis à l’honneur et différents projets étaient portés par des sociétés géorgiennes, japonaises ou issues du continent africain, preuve de l’ouverture et de la vitalité de plus en plus importante de l’animation indépendante même en contexte de crise. Parmi ces projets, la moitié d’entre eux étaient majoritairement ou non français, issus de sociétés parfois moins connues dans le monde de l’animation à l’image de Panoranime, KG, Fantabulous ou Hutong productions.
Cette année, sept films évoquaient l’Afrique ou le Moyen-Orient, bien plus qu’à l’accoutumée, dont six français et trois coproduits par Spécial Touch : Starseed d’Anca Damian, Kokum d’Hassan Yola et Ejo de Jacek Rokosz. Les deux premiers tirent vers le conte.
Starseed porte sur une jeune fille albinos au Zimbabwe, elle doit affronter l’assèchement d’une rivière en allant à la rencontre d’une déesse des eaux et, comme les autres films de la réalisatrice, il promet des expériences visuelles fortes. Afrofuturiste, le deuxième évoque la fragile barrière entre le monde humain et celui des esprits en opposant tradition et modernité, et deux régions qui s’affrontent autour du décès d’une petite fille et de sa mère persuadée qu’elle peut la ramener à la vie.
Quant à Ejo, il nous ramène à la réalité avec les déboires de deux enfants survivants du génocide rwandais qui doivent unir leurs forces après l’été 1994 pour trouver de la nourriture, un foyer et se reconstruire. Radical dans son graphisme, le film sera intégralement en noir et blanc.
Ejo de Jacek Rokosz
Un second évoquait le Rwanda avec une large place accordée au hors-champ. Kigali Night (Parmi les lucioles), aux accents documentaires, interroge le parcours de Samuel Lajus et sa culpabilité. Arrivé, à 23 ans, au centre culturel français de Kigali pour éviter le service militaire, il perçoit les signes qui vont mener aux massacres, l’inaction de la France, mais refuse d’y croire.
Toujours ancré dans le réel, Patrick Imbert revient avec Folivari et L’Odyssée d’Hakim, qui relate le périple d’un jeune Syrien forcé de quitter son pays après la guerre civile. Il voyagera jusqu’en Turquie où il tombera amoureux avant de devoir s’installer en France.
Enfin, plus léger et toujours avec une thématique sociale, The Heart of the Djembe (Cottonwood) est centré sur une petite fille d’un village africain désireuse de jouer du djembe comme son frère et son père alors que les femmes n’ont pas accès à l’instrument.
Kigali Night de Samuel Lajus
Autres thématiques importantes cette année, l’âge et la maladie avec des traitements parfois aux antipodes, souvent légers ou porteurs d’espoir. Entre déboires parentaux, crise de la quarantaine et retraite imprévue, la prise de conscience du temps qui passe devient un des grands motifs de l’animation adulte.
Dans Night Tram (Sacrebleu), Michaela Pavlatova reprend l’héroïne de son court-métrage Tram sur un format long, quinze ans plus tard et l’érotisme en moins. Addict au travail et forcée de quitter son emploi après un accident, Bozena se transforme en insecte à mesure qu’elle se rend compte qu’elle perd en capacités sous le regard de sa petite fille.
De son côté, Chintis Lundgren reprend son univers animalier et décapant dans Saima : Scenes from a Midlife Crisis (Avec ou sans Vous). Avocate, Saima est une contrôle-freak mais, confrontée à l’infidélité de son partenaire et à une mère possessive, elle fait d’étranges cauchemars de grenouille et devoir assumer des choix inattendus.
Avec Blaise, KG se lance dans le long-métrage animé en reprenant les BD et série de Dimitri Planchon. Blaise est désormais adolescent et solitaire. Il va devenir révolutionnaire malgré lui et survivre à une relation amoureuse singulière et des parents quelque peu hors normes entre une mère détestée par ses collègues et un père mou et dépressif.
Night Tram de Michaela Pavlatova
Du côté de la maladie et du handicap, les projets vont du plus sérieux au plus déjanté. Lolipop tattoo (Panoramine & Puffin picture) porte sur le double cancer du sein de Lisa Marie Russo, la réalisatrice et coproductrice, à travers son avatar, Eva, ses souvenirs de jeunesse et son entourage qui, parfois, a peiné à la soutenir dans son combat. Le titre évoque la cicatrice liée à la mastectomie et c’est Violette Delvoye qui sera chargée de la direction artistique.
Plus léger et onirique, Dreamwalker (Parmi les lucioles) se focalise sur une jeune fille de onze ans atteinte de narcolepsie qui va rencontrer un jeune garçon au fil de ses rêves.
Pendant ce temps, TeamTo tente un retour avec Akira’s Flying Wheelchair sur un enfant paralysé et inventeur doué qui va embarquer dans de fabuleuses aventures.
Enfin, difficile de ne pas évoquer ici l’hétérose, maladie qui transforme la communauté gay en hétéros ventrus et beaufs, au grand dam de Jim Queen dans un film terminé, qui use de toutes les caricatures avec humour et exagération. Quinze minutes ont été montrées et Jim Queen (Bobbypills) sort fin juin au cinéma.
Jim Queen de Nicolas Athané, Marco Nguyen
À l’image des années précédentes, le reste de la production française oscille entre conte, comédie trash et lien avec le réel. Citons notamment Cornebidouille (Les Armateurs, Folimage), issu de l’univers des livres de Magalie Bonniol et Pierre Bertrand et mis en scène par Mathias Varin, sur une sorcière qui terrifie les enfants au point d’en finir leur soupe, et Firebird (Novanima) sur deux frères qui ne s’entendent pas et doivent partir à la recherche d’un phénix afin de soigner leur mère malade dans un univers médiéval.
Orienté SF, Sacrebleu propose également un hommage à l’animation franco-japonaise des années 1980 avec Cosmo princess de Quentin Rigaux, dans lequel un astronaute perdu dans l’espace rencontre une princesse qui refuse l’idée de devenir une étoile. L’univers graphique s’annonce prodigieux.
Enfin, après Adama, Simon Rouby revient avec Pangea (Miyu) sur une jeune orpheline tibétaine qui ressent les tremblements de terre avant qu’ils ne surviennent. Elle devra découvrir leur véritable origine, confrontée à un peuple plongé dans une addiction à l’anthracite et un golem qui ressurgit.
Cosmo Princess de Quentin Rigaux
Flick ! de Nicolas Pegon
Côté humour décalé, Flick ! (WIZZ, FOST) de Nicolas Pegon tend vers l’humour des frères Coen, mais made in Vosges avec un prof vieillot, une jeune femme paumée et un macchabé à l’allure de cowboy qui surgit devant eux. Puis, les chasseurs beaufs d’Happy hunting (Kawanimation) quitteront le petit écran pour le format long et un combat contre une vilaine apocalyspe (sic) à venir. Enfin la Station animation a annoncé la fin de production de Détective Croquette porté par Benoit Delépine et Antoine Robert sur une enquête canine afin d’élucider le mystère d’un chat qui ne cesse d’enfler !
Notons également le retour de Tomm Moore pour une coproduction Cartoon Saloon/Folivari avec Kindred Spirits. Après sa trilogie celte, il part aux Etats-Unis, au 19eme siècle, pour un hommage à l’amitié entre les migrants irlandais et le peuple choctaw sans délaisser son rapport aux esprits, aux âmes et son attrait pour le réalisme magique.
Et impossible de ne pas citer un projet unique car hors des clous et davantage tourné vers le réel. Réalisé par Antoine Fontaine, Smecheria (Hutong Productions) sera un documentaire animé sur un tricheur spécialiste du bonneteau, ses arnaques, sa vie dans la rue et ses secrets. En somme, un point de vue original sur un maître des illusions et la réalité de son quotidien.
Smecheria de Antoine Fontaine
Fin septembre maintenant, direction le Cartoon Forum avec un nouveau point sur les projets de séries animées européennes.